Inconnu 0000
Langue à la livèche.
Je serais là bien embarrassé devant tant de beauté ne sachant par où commencer…Passerait un moment d’extase, de réflexion, d’admiration et d’appréhension. Puis il faudrait se décider, y aller, foncer et se lancer, arrêter de tergiverser…Par quel bout la prendre…Dilemme éternel qui nous paralyse…Angoisse de la maladresse… Etre gourmet plutôt que gourmand et ne pas précipiter les choses…Quoique classique et banal mais finalement bien efficace, ce serait bon d’attaquer par la langue. Pour ne pas la froisser, je la plongerais dans l’eau froide puis j’allumerais le feu et je laisserais monter la température doucement, doucement en écumant de temps à autre et la laisserais cuire une heure et demie en l’aromatisant de thym et laurier, d’un peu d’ail et d’un ognon nouvelle orthographe, c’est pas très joli, piqué de clous de girofle. Quelques légumes, carottes, navets et céleri pour agrémenter le bouillon. Il ne resterait plus qu’ à la dépiauter, la couper en tranches fines, faire un roux avec beurre et farine, arroser de bouillon et ajouter une franche poignée de livèche hachée. Je me délecterais de ce plat divin avant de poursuivre l’aventure…Je soignerais ses pieds aux petits oignons, ancienne orthographe, c’est plus joli, dans une cocotte 42, pour qu’ils soient à l’aise, avec quelques pétales de rose pour les parfumer. Je cuirais ses tétons comme des pointes d’asperge et je les servirais enveloppés de mousseline. Les mollets seraient cuits à la coque ou pochés…Les mains emmitouflées dans des papillotes mijoteraient lentement au four avec un doigt de Saint Amour…Ses fesses je les serrerais dans un plat à gratin et je les poserais au four bien au chaud avec une goutte d’huile et sans apprêt car elles n’en ont pas besoin…Je passerais la cervelle dans l’œuf battu puis je la coifferais de chapelure pour que ses idées restent et que ne s’envolent ses pensées. Je la poêlerais délicatement dans du beurre d’Echiré pour ne pas la meurtrir et je terminerais par un filet de citron… Et ainsi tout y passerait, le foie en pâté, les yeux aux lentilles, le cœur aux artichauts et tout et tout…Ce serait mon rapport à son corps si j’étais cannibale….