Inconnu 0000
... à l'orange.
C'est Katkat, notre canard...Oui, il boitait bien légèrement, mais on l'aimait, on s'y était attaché à cette petite bête là.
Lise le cajolait, lissait ses plumes noires d'encre et je le nourrissais de bon grain de fantaisie. S'il devait passer un jour à la casserole, autant le soigner aux petits oignons.
Il vivait en liberté dans notre petit jardin secret.
Un matin d'hiver, (peut-être avait-il eu vent de nos intentions gastronomiques) nous levant, nous le vîmes à quatre pattes dans la neige. Il secoua son duvet, déploya ses ailes arrière, prit son envol et disparut.
Passèrent les jours et passèrent les semaines, ni le temps passé, ni les canards revinrent.
Et tout ce long été nous avons guetté.
Aujourd'hui matin, voilà que dans un coin du jardin: "coin-coin" fit le canard. "Mon petit canard chéri, petit con." fit Lise. "Je le préférerais à l'orange" dis-je. Alors, Lise vit rouge et verte de rage elle me fit jurer de ne jamais passer son canard au feu. Elle avait raison. Pas de barbarie avec un canard qui reparaît.
Ce soir, je nous mijote un petit poulet anonyme (que vivent les canards, les poulets on s'en fout) mais à l'orange quand même.
Je l'ai découpé en huit morceaux que je fais revenir au beurre dans une cocotte une minute ou deux. Quand ils sont bien revenus, c'est capital, je verse le contenu d'un pot de confiture d'orange avec de beaux zestes. Je sale proprement, poivre abondamment et laisse mijoter à mi- feu pendant trois quarts d'heure en remuant souvent avec une cuillère en bois. Quand les morceaux sont bien caramélisés, je les fourre tous dans le four, sur un plat. Je déglace la sauce avec le jus de deux oranges et d'un demi-citron. Je goûte et rectifie. J'égoutte le riz que j'ai oublié de vous dire de faire cuire pendant la cuisson du poulet. Je passe la sauce au chinois qui me la rend bien et nous passons à table.
On se régale.
Tout baigne et le canard est toujours vivant .