Inconnu 0000
Œufs en meurette.
Cher patron bien aimé,
Certes j’ai récolté du blé dans votre petite entreprise, je me retrouve malgré tout sur la paille. Pas de club méditerranée cette année, point de voyage lointain comme Ulysse, mais heureux, je passe mes vacances à la ferme : C’est vachement cool. Nous dormons dans le foin avec la lune pour témoin. Hier encore et aussi avant hier avec Lise… Je vous jure…C’est plus chouette que sous la couette…Mais ce n’est là ni le sujet ni l’objet de ma lettre …Ici l’herbe est verte et pâle. A mes côtés sur ce lit vert, Lise dore et dort dans le soleil, la main sur sa poitrine belle et tranquille, les pieds dans les glaïeuls. Autour et alentour, les coqs guettent les coquettes poulettes qui caquettent et les vaches meuglent en quête d’un fier taureau costaud. Emile le fermier a une cousine dans le fin fond du bourguignonnais qu’il visite assidûment pour remonter des cruchons… Marie la fermière n’est pas mal non plus et je résiste difficilement à ses propositions … d’œufs frais ! Aussi, tous les jours depuis notre arrivée avalons-nous des œufs à toutes les sauces. Œufs à l’aurore ce matin, frits à midi et en meurette ce soir. J’imagine que vous mourez d’envie de connaître la recette et bien je serai bon prince, la voici la voilà : Dans 50gr de beurre, faites revenir 150gr de lardons salés avec un peu d’ail, deux échalotes et un oignon hachés. Vous mouillez avec 50cl de passetoutgrains, thym et laurier, sel et poivre, une cuillère de gelée de groseilles et vous faites cuire 30 minutes. Filtrez ce jus en gardant les lardons et remettez sur le feu. Pochez alors les œufs dans le liquide frémissant deux par deux pour ne pas créer de bouchon dans le vin. Sortez- les avec une écumoire, ils seront d’une incomparable couleur violette et maintenez- les au chaud en deux assiettes à soupe. Il ne restera plus qu’à lier le jus avec du beurre manié (50gr de beurre et40gr de farine). On sert ces œufs sur des aillades, nappés de sauce et on termine avec du persil fraîchement ciselé. Mangez les oeufs pochés aussi avec les yeux. Je vous souhaite un bon appétit mais pour en venir à l’objet de cette lettre, c’est bientôt la rentrée et à ce propos, est-il vraiment nécessaire que je rentre. Je l’avoue, je n’en fous pas une datte et mon absence devrait passer inaperçue. Néanmoins si vous aviez la gentillesse de continuer à me verser tous les mois ce petit pécule qui me servait de salaire, c’est pas de refus. Ca me permettrait de continuer à vivre pépère et vous aurez la charge en moins de vérifier si j’arrive à l’heure et si je ne me suis pas endormi sur mon bureau. C’est tout bénéfice pour vous et pour moi. Comme quoi le bonheur des uns peut aussi faire le bonheur des autres. Réfléchissez bien à ma proposition, moi c’est tout réfléchi. J’attends de vos nouvelles et vous souhaite de bonnes vacances sans souci.