LA RECETTE DU MOIS
SEPTEMBRE -

ANGUILLE AU VERT



Anguille au vert.

Dans le canapé cuir brun tabac satiné, ils sont assis côte à côte. Rêveuse, elle regarde briller la marquise de ses fiançailles et lui feuillette le « Marquis », regrettant ses vingt ans…

-Ca va ?
-…
-(à part) nom d’une trique, il devient sourd ! (Dans son oreille) Ca va ?
-Crie pas si fort, non ça va pas encore…
-Je fais quoi alors ?
-L’escalator ? Non, tu sais bien que j’ai horreur de l’escalator et à cent dix ans c’est plus possible, trop périlleux et trop vertigineux…
-(à part) Patience !
-Attends, attends, sois patiente, mes vieux neurones arpentent le temps pour que monte la sève comme le mercure d’un thermomètre au soleil à midi…
-Il est déjà minuit, je monte, suis fatiguée…
-Attends encore, tu te souviens ? Il y a vingt ans, le jour de mes nonante ans, au home des « petits oiseaux », du temps où il n’y avait pas encore télé secours, tu m’avais préparé de l’anguille au vert, ah, l’anguille que j’avais pêchée…Fais- moi rêver, raconte l’anguille au vert.

Le canapé cuir brun tabac patiné vibre un peu, ils se calent l’un contre l’autre pour déguster en pensée l’anguille au vert.

-Elle doit être vivante et frétillante ; on la saisit fermement avec un linge pour éviter qu’elle ne glisse. Ca va ?
-Pas encore, continue…
-On l’assomme d’un bon coup et on lui plante un petit couteau pointu dans la tête, elle gesticulera de longues minutes encore. On incise alors la peau autour du cou, on détache un petit morceau de peau qui servira de prise et hop d’un coup on la déshabille. Il ne reste qu’à jeter la tête et les entrailles et tronçonner le reste en morceaux de cinq centimètres. Ca va ?
-Pas fort, c’est horrible !
-Attends…on fait fondre du beurre et revenir les morceaux dans une sauteuse. On ajoute un mélange d’herbes fraîches hachées (oseille, cresson, ortie, estragon, persil, cerfeuil, menthe…) et on couvre de vin blanc ; sel et poivre. Mijoter un bon quart d’heure et ajouter en fin de cuisson et hors du feu un mélange crème fraîche-œufs-citron…Ca va ?
-Mieux ! Je me rappelle que j’étais parti pêcher l’anguille avec Myrtille…
-Myrtille ?
- Oui…Myrtille… la petite infirmière, elle m’avait accompagné, elle ne voulait pas que je m’aventure seul au ruisseau, elle me tenait le bras, elle était pétillante, elle portait ce jour-là une mini jupe vert tendre comme les premières feuilles au printemps…
-Ca va ?
-Ma canne ! Nom de dieu ! Ma canne… viens on monte.

Site réalisé par Belghost
stats