Tourteau à l’aïoli. C’est une falaise haute et blanche. En son milieu un large créneau. On dirait qu’un dieu gourmand y est allé d’un bon coup de pelle à tarte. Et il a drôlement bien fait le bougre car dans ce trou béant repose paisible un petit port et son hameau tout autour, protégé par les hauts murs que forme la falaise. Mouillant au port, point d’ourque biscayenne mais quelques bateaux de pêche et comiques trimarans. Le vent, les mâts et les câbles métalliques jouent une musique vaguement inaudible et crispante, un peu comme un imposé d’un concours musical. Pourtant, on s’y habitue et on finit par oublier. A la terrasse du café « La chaloupe » à une enjambée du quai et des bites d’amarrage, Lise sirote une bière foncée et regarde la mer. A côté d’elle, lui boit du petit lait et contemple le voilier de ses rêves qui demain les emmènera au large. Il en est fier comme Artaban mais il ne faudrait pas que le temps tourne comme un aïoli. Pour éviter cela et contourner la difficulté , on fait cuire une pomme de terre. Dans un mortier en bois on pile quelques gousses d’ail avec du gros sel puis la pomme de terre encore tiède que l’on écrase pour former une pâte lisse. On ajoute alors le jaune d’un œuf et l’huile d’olive en mince filet jusqu’à l’obtention d’une belle pommade. De temps en temps on verse dans le mortier une larme de citron … Mais revenons sur terre ou plutôt sur mer, car c’est déjà le lendemain et le voilier vogue sur les vagues. -Tiens bien ferme la barre ! Je vais jeter un œil sur ma queue de rat de ralingue, ma vergue et la drisse de trinquette…Si tu entends le son d’une cloche, tu m’appelles et j’arrive dare-dare avec l’homme qui rit à la bonne page. Lise qui n’a jamais pris la mer et ignore tout de son jargon intime se contente d’un « A vos ordres Capitaine » sans trop se poser de questions. Et bien sûr le vent se lève, une cloche sonne, Lise panique et appelle et il arrive avec le livre à la page 171 ( folio). -Mieux que carguer il faut ferler. Sanglons tous les rabans, nouons les cargue-points, les cargue-fonds et les cargue-boulines ; mettons des pataras sur les estropes qui serviront de haubans de travers ; jumelons le mât ; clouons les mantelets de sabord… Et bien entendu, ça marche, le bateau a tenu, la mer est calme et Lise pêche… -Oh, un tourteau, j’ai attrapé un tourteau dans ma nasse…Ouille, sale bête, ça pince, il m’a pincé… -Venge-toi, mange-le ! -Mais c’est cruel ! -C’est la vie, le malheur des uns fait le bonheur des autres ! -Et comment ! -Bin… dans l’eau bouillante salée une bonne demi-heure….